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L’HISTOIRE DU STREET-ART

51, Daumesnil 75012, Paris, FRANCE  |  7j/7 – de 10h à 20h

L’HISTOIRE DU STREET-ART

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Les origines du street-art, de Lascaux à Banksy

Tout mouvement artistique doit être analysé comme le prolongement des précédents mais remonter aux origines du street-art, c’est quasiment remonter au berceau de l’humanité : les pétroglyphes de Wonderwek en Afrique du Sud ou les fresques rupestres de Lascaux en France étaient-elles déjà une forme d’art mural ?

C’est en tout cas le XIXème siècle qui a littéralement fait entrer l’art graphique dans les rues, à travers les affiches. En France, cet art prend son essor après la loi du 29 juillet 1881 sur la presse, qui autorise le libre affichage. Les peintres Pierre Bonnard ou Toulouse-Lautrec vont populariser cet art, à travers des affiches devenues célèbres, comme celles pour du Moulin-Rouge. Des affichistes d’après-guerre comme Raymond Savignac en France sont dans le prolongement de cette forme d’art urbain contemporain, très souvent au service de la publicité.
Le street-art tels que nous l’entendons aujourd’hui s’inscrit dans cette tradition, avec deux caractéristiques : le support papier est remplacé par un support urbain construit, type murs ou rideaux métalliques ; le message publicitaire est transformé en message protestataire ou identitaire.
Avec déjà ses détracteurs ! Dès 1933, le photographe Brassaï considérait déjà les graffitis comme un « art bâtard des rues mal famées ».
Pourtant, même s’il est très éloigné des codes académiques, le street-art s’est nourri de nombreux mouvements, comme le pop-art, et de l’influence d’artistes aussi différents de Cy Twombly ou Jackson Pollock.

Art rupestre, Afrique du Sud
Art rupestre, Afrique du Sud

 

 

 

 

 

 

 

Naissance du street-art, la société de consommation américaine

On considère généralement comme précurseurs du street-art deux artistes de Philadelphie des années 1960, Cool Earl et Cornbread : ils apposent leurs signatures sur les murs de la ville, dans un message artistique à la fois intrusif et subversif, bientôt repris par des copycats.
L’art est souvent une histoire d’amour, mais le street-art l’est vraiment dans son ADN ! Excessivement timide, Cornbread n’osait en effet dire son amour à Cynthia. Alors, il l’écrira inlassablement, sur tous les murs de la ville : « Cornbread Loves Cynthia ! »

Sans nier la dimension narcissique de certains grapheurs, l’objectif va être ensuite de s’approprier l’espace urbain les notions de blaze et de crew évoquent presque des guerres de territoire, à peu à l’instar des débuts du mouvement rap. Une certaine hiérarchie se frée ainsi au sein des crews, avec instauration de règles d’usage, comme le lettrage, les lettres « bubble », le « dub »… Comme souvent va progressivement émerger un vocabulaire très spécifique, propre au monde du graffiti.
Il y a ceux qui en sont… et tous les autres.

Porté par les médias, le mouvement gagne rapidement d’autres villes de l’est américain, dont New-York. C’est dans la métropole américaine que naitront quelques-unes des plus grandes signatures du mouvement, comme Taki 183 ou Blade One.

Le street-art revendique alors l’illégalité, allant même jusqu’à définir des zones de libre-droit, les TAZ (Temporary Authonomy Zone) où se mêlent d’autres formes d’art urbain, comme la musique ou la street-dance type Hip Hop : 5 Pointz dans le quartier du Queen’s en est alors l’illustration parfaite. Un endroit comme le métro devient un de leur territoire favori.

Les graffeurs affirment leur autonomie (La Boca, Buenos Aires)
Les graffeurs affirment leur autonomie (La Boca, Buenos Aires)

 

 

 

 

 

 

Les graffeurs affirment leur autonomie (La Boca, Buenos Aires)
(Photo Olivier Mikael)

La traditionnelle guerre entre les Anciens et les Modernes se traduit d’ailleurs par un combat entre institutions, qui crient au vandalisme et des artistes, qui souvent le revendiquent. Bien des années plus tard, à partir de 1982, les pixadores de Sao-Paolo revendiqueront aussi cette insoumission : escaladant les buildings de la ville en toute illégalité, ils défieront les autorités en marquant la mégapole brésilienne de leur empreinte. Notons que pixadores vient du mot picho, le bruit de spray de la bombe. Leur façon à eux de mettre en exergue la misère des favellas au cœur de la ville. C’est ainsi l’une des forces du street-art à ses débuts, s’affirmer comme une culture pirate, réifiant cette définition de l’auteur américain Hakim Bey : « L’art comme un crime, le crime comme de l’art ».

Expansion du street-art en Europe

Dire que le street-art s’est ensuite répandu en Europe ne serait pas fondamentalement exact. Car dès les années 1960, des villes comme Berlin ont fait preuve d’un vrai activisme mural. L’illustration la plus célèbre en est évidemment le Mur de Berlin, qui servit de support artistique et protestataire à toute une génération d’Allemands. Lors de la chute du Mur, la plupart des morceaux ainsi récupérés étaient recouverts de graffitis, de slogans, de dessins, de peintures. Le street-art, c’est finalement le graphisme comme tribune d’expression-libre.

Tandis que New-York met en place des amendes de plus en plus fortes contre les grapheurs, les amenant souvent à gagner des territoires défavorisés pour exercer leur art, le phénomène explose en France dans les années Mitterrand : symbole d’une émancipation de la société, à l’instar des radios libres ? ou au contraire protestation envers une société à laquelle on ne croit plus.
Jack Lang, ministre de la culture, prend parti pour cette expression artistique colorée et nouvelle. Mais il est l’un des rares institutionnels à défendre ce phénomène que beaucoup jugent envahissant et dégradant.

Pourtant, comme tout mouvement artistique, le street-art gagne alors en maturité, tant dans le graphisme que dans le propos.
Formes arrondies ou colorées, techniques élaborées viennent au service d’un message qui n’hésite plus si besoin à jouer la carte de l’humour, de la politique ou de la poésie. Il s’adresse à chacun, et vise l’universel.
C’est un art o combien éphémère, où artistes grapheurs et équipes municipales anti-graffitis jouent en permanence au jeu du chat et de la souris.
Car le street-art a toujours entretenu un lien complexe avec la société.

L’exception culturelle française

En France, le street-art va révéler toute l’ambiguïté de la société.
D’un côté un ministre de la culture qui défend le mouvement, de l’autre une assemblée parlementaire qui aggrave en 2002 les « défis de dégradations ou détériorations », en renforçant les sanctions de l’article 322-1 du Code Pénal. Tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain fait désormais encourir une amende de 3 750 euros minimum et une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison.

À ce titre, le procès de Versailles en 2009 est assez significatif. Il opposait plusieurs graffeurs à la SNCF, la RATP et d’autres sociétés de transport. Ces dernières arguaient de dégradations graves, en réclamant 1,8 millions de dommages et intérêts et des peines lourdes.

Contre toute attente, la Cour d’Appel reconnaitra le droit à la libre expression et la portée artistique des graffitis : elle requalifiera les faits en dégradations légères et ne prononcera que du sursis, entre 3 et 14 mois.
Mais quelque temps plus tard, tous ces graffeurs bénéficieront d’une amnistie du Président de la République.

Street-art à Paris : art ou vandalisme ?
Street-art à Paris : art ou vandalisme ?

Des quartiers populaires aux galeries d’art

C’est finalement la répression qui va amener certains artistes à trouver d’autres moyens d’exprimer leur art.
Entre 1980 et 1990, la municipalité de New-York devient extrêmement sévère : si bien que des artistes connus comme Jean-Michel Basquiat ou Keith Haring décident d’ouvrir leur propre galerie pour démocratiser leur art tout en contribuant à le faire survivre.
Un mouvement similaire va émerger en Europe, de Paris à Barcelone, de Londres à Berlin. Des personnalités comme Banksy, Invader, les frères Os Gemeos s’imposent comme des figures incontournables et des poids-lourds. Plébiscité pour sa créativité et sa fraicheur, le Street-Art va séduire progressivement les collectionneurs.

Cette reconnaissance du milieu de l’art amène en parallèle certaines institutions à changer leur regard : des mairies commandent des œuvres, comme Reims avec C215 ; la SNCF accepte qu’on accueille l’arrivée de ses TGV avec de nouvelles fresques ; on consacre des expositions ou des musées, comme le ART 42, à cet art nouveau.

L’entrée du street-art dans les salles de vente n’a été finalement que l’aboutissement d’un long processus, faisant enfin du street-art un art à part entière. Ce marché, qui arrive doucement à maturité, reste encore très accessible, malgré quelques records come ceux de Banksy ou de Kaws. En 2019, il ce sera d’ailleurs vendu 10 fois plus d’œuvres de Kaws que de toiles de Jean-Michel Basquiat, avec un record à 14,7 millions de dollars pour un tableau revisitant l’univers des Simpson.
C’était 15 fois son estimation de départ !

LES DATES CLEF DU MOUVEMENT STREET-ART

1963 : Peintures éphémères de G. Zlotykamien, Trou des Halles Paris.
1966 : Collages d’affiches au pochoir d’Ernest Pignon-Ernest (protestation contre les missiles nucléaires du Plateau d’Albion)
1970 : Premiers pochoirs à Tours de Jef aérosol
1971 : Les gisants de la Commune de Paris (E. Pignon-Ernest)
1972 : Initiatives dans des villes nouvelles (Evry, Marne la Vallée)
1974 : Notre temps, Roger Somville. (Bruxelles, Métro Hankar)
1980 : Subway drawings à New-York (Keith Haring)
Premier film sur l’art urbain Mur murs (Agnès Varda)
1981 : Apparition de Blek le rat
1982 : Pochoirs en couleur (Epsylon Point).
1982 : Fresques VLP « Vive la Peinture » dans les catacombes de Paris (J. Gabaret & M. Espagnon)
1983 : Apparition de Speedy Graphito (O. Rizzo)
1984 : Collages des Frères Ripoulin
1985 : Pochoirs des Nuklé-Art, Kim Prisu, Kriki, Etherno.
1985 : Apparition de Miss.Tic.
1985 : Premier rassemblement du mouvement graffiti et d’art urbain, Bondy (VLP, Speedy Graphito, Miss Tic, SP 38, Epsylon Point, Blek le rat, Futura 2000, Nuklé-Art, Jef Aérosol, Banlieue-Banlieue…)
1986 : Exposition sur le pochoir, Paris Galerie du Jour (Agnès b.)
1988 : Campagne « Miss.Tic présidente ».
1989 : Création de Monsieur A par André
1990 : Kim Prisu et Vr (H. Morlay) peignent le côté est du mur de Berlin
1991 : Exposition ART CO’91, Arche de la Défense sous le patronage du Ministre de la Culture, Jack Lang
1998-1999 : Zevs et Invader travaillent ensemble (@nonymous)
2000 : Les VLP collent leur Zuman Kojito.
2001 : Exposition de la Galerie du Jour, regroupant la tendance « graffiti » (JonOne) et « post-graffiti »
2002 : Œuvre Girl with Ballon, Banksy, Waterloo Bridge (Londres)
2003 : Exposition de Shepard Fairey puis The World of Kami à la Galerie La Base 01
2005 : Projet Santa’s Ghetto de Banksy sur les murs palestiniens
2008 : The Cans Festival, Londres (organisé par Banksy)
2009 : Exposition « Le tag au Grand Palais » avec 150 artistes (Alëxone,
Ash, Bando, Darco, Kogo, Psyckoze…)
Exposition Banksy au Musée de Bristol
2009 : Exposition Né dans la rue – Graffiti, Fondation Cartier Paris
2010 : Faites le mur ! film de Banksy
2012 : Festival MURAL, Montréal
2013 : Exposition de graffiti Dans les entrailles du Palais secret, Palais de
Tokyo Paris
Exposition Better out than In à New-York et vente éphémère
d’œuvres de Banksy à Central Park
2014 : l’In situ art festival, au Fort d’Aubervilliers.

2015 : Exposition #StreetArt à L’espace Fondation EDF, Paris
(plus de 100 000 visiteurs)
2015 : « Underground Effect », fresque de 21 artistes européens, La Défense.
2016 : Exposition Zevs NOIR ÉCLAIR, Château de Vincennes
Nouvelle assignation de M. CHAT par la RATP
2017 : Exposition “Street Generation(s) 40 ans d’art urbain”, Roubaix.
2019 : Exposition “Conquête urbaine – Street Art au Musée”, Calais

LES GRANDES TECHNIQUES DU STREET-ART

La bombe aérosol

Destinées initialement à la peinture automobile, les aérosols de peintures « émaillées » ont réellement accompagné l’essor du street-art.
Leur union est si intimé que pour légiférer contre le l’art des rues, certains avaient même préconisé de légiférer sur les bombes de peinture ce qui accompagne l’évolution du mouvement du simple writing ou graffiti, vers le dessin ou le graphe.

La bombe permet aussi bien de peindre de petites surfaces, que de créer des peintures à la bombe monumentales comme Ash, du pointillisme comme Jean Faucheur ou d’immenses fresques comme El Mac ou le duo espagnol PichiAvo.
La bombe permet aussi la réalisation de magnifiques trompe-l’œil ou d’affirmer un vrai style, comme avec les petits personnages identifiables de Keith Haring.

Œuvre à la bombe de Keith Haring
Œuvre à la bombe de Keith Haring

 

 

 

 

 

 

https://pixabay.com/fr/photos/keith-haring-peintures-murales-art-2174269/

Le pochoir

Appelé parfois « Stencils », le pochoir est une technique permettant de reproduire facilement de nombreuses fois logos ou dessins. Il suffit alors de découper ce schéma dans un matériau rigide (bois, carton, plastique…) pour le postériser (le contraster) selon différents tonalités de couleurs. Le multi-layers s’applique à tout pochoir avec plusieurs couches, avec généralement un pochoir par tonalité de couleur.

Il est aussi possible d’utiliser les deux parties du pochoir : la partie découpée d’une part, le contour de la partie découpée d’autre part, afin de jouer des effets distincts.
Les pochoiristes utilisent fréquemment l’aérosol ou la bombe pour la mise en couleur, mais ce n’est pas systématique : pinceau, éponge voir stylo ont aussi leurs adeptes.

Entre autres, Bleck le rat, Mys.tic, Dan 23, Aiiroh ou Jeff Aerosol ont beaucoup utilisé cette technique.
Aiiroh s’est initié au travail de pochoiriste dans les années 2000, en se laissant largement influencer par le travail d’affichistes. Il a développé une technique originale, avec le pochoir sur aluminium.

 

 

 

 

 

 

Chanel-Street-Box-Bleu (Aiiroh) Technique de pochoir sur aluminium

love

Le grattage

Le grattage prouve une fois encore comment l’art sait sublimer le matériau, en allant travailler des façades en ruines ou des façades métalliques désaffectées, comme pour donner vie et sens à une vie urbaine morte et abandonnée. Telle une sculpture sur roche, les artistes travaillent la brique ou le béton, en jouant volumes et couleurs, de retirer pour mieux révéler l’âme de ces murs.
Collage ou jet d’acide peuvent compléter l’œuvre finale, qui s’inscrit dans la technique dite du “reverse graffiti”. Le maitre en la matière reste probablement l’artiste portugais Vhils avec ses grattages monumentaux, utilisant tous les outils du simple burin au marteau-piqueur.

Le collage

Prolongeant la tradition des affichistes comme Toulouse-Lautrec, le collage est une technique ancienne visant à accoler différents matériaux pour créer l’œuvre finale. Papiers, journaux, photos, documents voire objets permettent ainsi de jouer sur des effets de matière, de couleur et de volume.
Les outils sont des plus simples : un liant acrylique non jaunissant, type Bindex et un applicateur à pointe silicone souple, type Colour Shaper extra-large, suffisent pour laisser parler sa créativité.

Parmi les principales œuvres, citons en particulier les collages monumentaux de JR, les affiches sophistiqués de Diuf ou encore les œuvres de Martin Whatson ou de Swoon.

Tatyana Fazlalizadeh s’est faite remarquer en 2012 avec son projet Stop Telling Women to Smile : son collage de portraits de femmes, légendés de slogans tels My outfit is not an invitation, était déjà précurseur du mouvement #MeToo.

D’autres street-artist associent collage et peinture, comme Vincent Bardou. En jouant sur la couleur et les effets de reliefs, cet artiste original parvient même à donner à ses peintures un effet de collage, comme si tout d’un coup son sujet surgissait du support, que ce soit un animal ou des icônes de la pop-culture.

Pink Panther & Picsou (Vincent Bardou) Toile sur chassis 3D
Pink Panther & Picsou (Vincent Bardou) Toile sur chassis 3D

https://www.design-by-jaler.com/oeuvre/pink-panther-picsou/

N’hésitez pas à découvrir sur internet ou dans la rue d’autres oeuvres de collage street-art.

Les détournements

Le détournement d’objets du quotidien pour en faire des œuvres d’arts s’inscrit là-encore dans une longue tradition, qui va de Marcel Duchamp à Roy Lichtenstein. Comme artistes de la rue, il était évident que les maitres du street-art allaient s’en emparer. Car le street-art est aussi une façon de s’approprier l’espace, de lui redonner sens ou de questionner.

Comme mouvement contestataire, le street-art a commencé par cibler le symbole des interdits, avec le détournement de panneaux routiers. Le collectif roumain Monotremu ou l’artiste franco-suisse Jinks Kunst (https://www.jinkskunst.com/) en ont été les précurseurs.
Citons encore les jeux de piste de Taki 183, les détournements féministes de Zevs ou Guerrilla Girls, les détournements de mobiliers urbains de Hogre ou Mobstr.

L’artiste français FAT s’est lui rendu célèbre par ses détournements d’un mobilier urbain typique de la France, la classique boite aux lettres jaunes des PTT. Son interprétation Mickey Minnie nous transpose dans on univers ludique et pop-art. Vendu avec ses deux clefs, tel un coffre dépositaire de secrets, cet objet d’art garde ainsi toute la symbolique et l’âme de la vraie boite aux lettres, dont les missives et lettres sous enveloppes étaient porteuses de nombreux secrets et de multiples histoires.

Mailbox Minnie Mickey (FAT) Boite aux lettres des PTT, vendue avec deux clefs
Mailbox Minnie Mickey (FAT) Boite aux lettres des PTT, vendue avec deux clefs

https://www.design-by-jaler.com/oeuvre/mickey-minnie-mailbox/

En matière de détournement, les artistes de street-art rivalisent de créativité, pour ramener de la poésie à la nature même de l’objet fonctionnel.

L’animation

Mouvement précurseur et en phase avec son époque, le street-art ne pouvait échapper à sa manière à la révolution numérique qui nous entoure… ou nous dévore.

À l’intersection de la vidéo, de l’architecture, de la scénographie et du street-art, le street-mapping s’est emparé des bâtiments, en jouant sur leurs effets 3D avec des logiciels d’animation fraphique de plus en plus sophistiqués. De la Fête des Lumières de Lyon au Dubaï Festival of Lights, c’est un moyen de faire vivre ou revivre aussi bien les monuments anciens que les buildings à l’architecture la plus audacieuse.
Un artiste comme Blu sait ainsi parfaitement mêler art du graffiti et vidéo, lui-même se définissant comme un peintre-vidéaste.

QUELQUES INCONTOURNABLES DU STREET-ART

Les grandes villes du street-art

À tout seigneur tout honneur, un petit panorama du street-art, art urbain par excellence, ne peut commencer que par des villes !
C’est directement au cœur des quartiers qu’il faut vivre cet art, s’en imprégner, pour y admirer des artistes reconnus ou débutants qui revisitent des lieux de vie.

Street-art en Amérique du Nord

En Amérique du Nord, New-York et Philadelphie restent toutes deux les mères fondatrices de cet art des rues.

Philadelphie regroupe désormais plus de 3500 œuvres, originales et colorées, qu’on peut retrouver grâce à une carte interactive du programme culturel Mural Arts Philadelphia.

À New-Ork, l’amateur éclairé ne se contentera pas du quartier de Little Italy à Manhattan. C’est à Brooklyn que s’étaient réfugiés nombre d’artistes graffeurs, notamment à East Williamsburg, Red Hook et à proximité de la station de métro Jefferson.

Sur la côte Ouest, San-Francisco présente dans le quartier de Mission de belles fresques largement influencées par la culture latino, dédiées à la tolérance et la diversité.
N’oublions pas le festival annuel de street-art Pow ! Wow !, qui a lieu tous les ans à Honolulu, dans le quartier branché de Kaka’ako.

Street-art en Amérique du Sud et Centrale

En Amérique du Sud, la tradition du street-art est ancienne, avec le développement de l’art muraliste au Mexique au début du XXème siècle, un art libertaire et subversif que beaucoup d’historiens associent à la révolution de 1910.

Certaines villes ou quartiers sont ainsi carrément devenus des musées à ciel ouvert, comme la ville de Valparaiso au Chili (quartier de Polanco en particulier), le quartier de la Boca à Buenos Aires ou de La Candelaria à Bogota. Ces fresques de rue véhiculent fréquemment par des messages politiques, et se caractérisent pour des tons très colorés, chatoyants, reprenant certaines thématiques indigènes.
N’oublions pas Sao Paolo au Brésil, avec la Beco do Batman.

Le street-art rend hommage aux arts, Carthagena de las Indias (Colombie)
Le street-art rend hommage aux arts, Carthagena de las Indias (Colombie)

Street-art en Europe

En Europe, Bristol reste probablement la capitale du street-art, avec des quartiers dédiés au street-art, comme celui de Nelson Street.
C’est l’occasion d’y découvrir le célèbre « Hanging Man » de Banksy.

Londres (Camden, Shoreditch) ou Paris (Ménilmontant, Belleville, Oberkampf) ne sont pas en reste et proposent aussi des œuvres variées, avec une vraie puissance émotionnelle. En flânant rue d’Aubervilliers (quartier de La Villette), vous admirerez ainsi la plus longue fresque murale de Paris.

Curieusement enfin, une ville comme Moscou n’est pas en reste, avec parmi le plus long mur de street-art au monde à Vyksa, peint entre autres par l’artiste moscovite Misha Most.

En réalité, rares sont aujourd’hui les grandes villes de par le monde à ne pas avoir un quartier dédié au street-art, parfois alternatif. Même s’il est vrai que la valeur artistique n’est pas toujours au rendez-vous !

Trois grands noms du street-art

Banksy, le provocateur secret

Fer de lance du street-art, Banksy doit sa renommée mondiale à la fois à son œuvre, mais aussi au mystère qui l’entoure. Depuis 1993, il a développé à travers le monde des œuvres fortes (pochoirs, peintures,…), porteuses à chaque fois d’un message humaniste : Girl with a balloon, Kissing Policemen, The girl & the soldier, , Napalm ou encore French Maid. À travers ses œuvres, Banksy dénonce la privation de liberté des palestiniens, à Gaza ou à Jérusalem, où il peint des ouvertures avec vues sur la plage. Il dénonce également la société de consommation et les guerres en pointant du doigt des emblèmes, comme le dessin de cette vietnamienne irradiée au napalm tenant par la main Mickey Mouse et Ronald McDonald, symbole à ses yeux du capitalisme consumériste.

Sa carrière est parsemée de coups d’éclats : en 2004 il fait imprimer des faux billets à l’effigie de Lady Di, le Bank of England étant remplacé par Banksy of England. Il les disperse alors du célèbre carnaval de Notting Hill. En 2005, il parvient à rentrer au sein même de plusieurs grands musées, comme MoMa, le Tate Britain ou encore Le Louvre : provoquant, il y installe alors ses propres œuvres. Certaines resteront même exposées plusieurs jours avant la découverte de la supercherie. En 2006, il place au cœur de Soho, quartier branché de Londres, sa célèbre sculpture représentant une cabine téléphonique rouge semblant saigner, fendue par une hache. En 2018, il créait la surprise dans une vente aux enchères de Sotheby’s : son œuvre Girl with Balloon s’autodétruisait en direct, la rebaptisant Love is the bin.

Banksy reste un inconnu… connu de tous.

Pour suivre Banksy :

Sitte officiel : https://banksy.co.uk/
Instagram : https://www.instagram.com/banksy/

Eduardo Kobra, un géant des fresques

Né en 1976 dans la banlieue de São Paulo la mégapole, Eduardo Kobra a commencé à orner les rues du Brésil, avant de faire connaître son art dans le monde entier. Comme il le dit lui-même, la rue a été plus qu’un terrain de jeux : ce fut le moyen de se sociabiliser et de protester contre l’exclusion des favelas. Il a découvert le graffiti à 15 ans, tout en étant fortement influencé par la culture hip-hop. Arrêté plusieurs fois, sa minorité lui offre à chaque fois la relaxe !

Il va toutefois faire des études bancaires, mais poussé par sa passion du dessin, il revient à ses premières amours et fonde en 1995 le Studio Kobra. Au début, ses ébauches se font surtout en noir et blanc, à travers des reproductions et réalistes de vieilles photographies, sur des murs de plus de 1000 mètres carrés. Progressivement, il se met à travailler les couleurs, dans un esprit quasi-psychédélique.
Son mur le plus connu reste probablement celui de Times Square, où il a revisité la photographie d’un Marines américain embrassant à pleine bouche sa compagne. Il a peint dans de nombreuses villes des fresques gigantesques, multicolores, au style unique, toujours façon kaléidoscope.
Il aime à représenter des personnages célèbres, porteurs d’un message de paix : Nelson Mandela, Gandhi, John Lennon, David Bowie, Bob Marley, Albert Einstein…

S’il peint aujourd’hui avec autorisation, il continue cependant à dénoncer les thèmes qui lui sont chers, comme la protection de l’environnement ou la tauromachie.

Pour suivre Eduardo Korba :

Site officiel : eduardokobra.com
Instagram : instagram.com/kobrastreetart
Facebook : www.facebook.com/pages/Eduardo-Kobra
Twitter : @EduardoKobraa
Tumblr : eduardokobra.tumblr.com

Swoon, une hippie poétique

Née en 1978 dans le Connecticut, Caledonia Dance Curry, dite Swoon, est diplômée du prestigieux Pratt Institute, avec un vrai cursus artistique classique. Mais très tôt, à 19 ans, cette artiste timide choisit vite la rue pour s’émanciper, avec un style poétique et hippie, fait notamment de personnages en papier. Elle a dit pour cela s’être beaucoup inspirée des silhouettes des théâtres d’ombre asiatiques. Au fil de ses voyages, elle prend des photos d’hommes ou de femmes, dont elle saisit l’émotion dans un instant de vie.

Swoon s’inspire aussi de l’œuvre de Gordon Matta-Clark, qui entrait dans des lieux abandonnés pour en scier le plancher. Ces moments de beauté éphémères la marquent.
En s’appuyant sur un travail collaboratif, elle se lance dès 2008 dans ses propres créations surréalistes, des bateaux faits de voitures ou autres meubles recyclés qui remontent le Mississipi à la manière d’une véritable ville flottante.
Parmi ses œuvres les plus connues, citons ses collages et, ses radeaux Swimming Cities of the Switchback Sea et Swimming Cities of Serenissima.

Pour suivre Swoon :
Site officiel : braddocktiles.org
Instagram : @swoonhq
Facebook : www.facebook.com/SwoonStudio
Twitter : @swoon

Zoom sur trois révélations du street-art

FAT

Né en 1990 à Paris, Dimitri Barilko dit FAT a commencé par CAP de photographie, avant de se laisser gagner par sa passion du graff.
Dans le métro parisien, il n’est pas rare de découvrir au détour d’un couloir un de ses Looney Tunes.

À ses débuts, il a travaillé principalement le lettrage, avant de maitriser la peinture aérosol, qui répond au posca et à l’acrylique.
Les cartoons de sa jeunesse de son enfance l’accompagnent dans les souterrains du métro. Tom & Jerry descendent à la station Villiers, ce sera Vincennes pour Porky Pig.

Pour découvrir l’œuvre de FAT :

fat

Vincent Bardou

Né en 1989 en région parisienne, l’artiste-peintre Vincent Bardou propose dans ses toiles mélange unique entre Pop Art et Street Art.
Il représente personnages et animaux, en sachant créer un contraste saisissant à l’œil, comme si ses sujets étaient littéralement « collés » sur le mur. Che Gevara, Darth Vador, Pablo Picasso, Nelson Mandela ou Mickey se partagent la tête d’affiche.

Pour découvrir l’œuvre de Vincent Bardou :

vincent-bardou

AIIROH

Né а Narbonne en 1987, Aiiroh a commencé très jeune à graffer dans les gares des villes. Il a à peine 13 ans quand il s’initie au travail de pochoiriste !
Il va ainsi s’inspirer de l’œuvre des affichistes comme Raymond Hains, Dufrêne ou Rotella. Il dit avoir été particulièrement marqué par la dimension poétique et émotionnelle de leurs créations.

Pour découvrir l’œuvre de AIIROH :

Pour en savoir plus sur le street-art

La thèse de sociologie de N.Mensch : L’art transgressif du graffiti.
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01327029/document

Un article de C. Genin, Professeur en philosophie de l’Art et de la Culture, sur le sens narratif de la culture street-art :
https://journals.openedition.org/narratologie/7396

Un site sur le street-art à Paris :
http://urbanart-paris.fr

Le blog de V. Ponsard, une passionnée de street-art
https://street-art-avenue.com

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